Ne perdez pas le fil ! ASV ? Cui cui La télé Game Sphere

Infinitap Games a, il y a maintenant un mois, fait le pari de sortir NeverEnding Nightmare, jeu à l’ambiance oppressante, vous plongeant dans les remous du subconscient d’un héros (alter ego du développeur – nous y reviendrons plus tard) tourmenté, apeuré par chaque élément qui l’entoure, anxieux de voir la mystérieuse “Gabby” (Gabrielle Smith) disparaître, mourir, ou encore provoquer sa mort.

Perdus dans cette maison dont chaque pièce couve une nouvelle frayeur, NeN parvient-il à rendre captivante la déambulation qu’il propose ? Lançons-nous, les yeux fermés.

Cheminement inconscient

La première chose à noter concernant NeN est qu’il ne s’agit pas d’un jeu “comme un autre” : il fait  suite à la phase dépressive que le développeur principal du titre – Matt Gilgenbach – a traversée suite à l’échec financier qu’aura été retro/grade. NeN aura donc servi d’exutoire à sa frustration et à la peur tenace qui l’a jusqu’ici tenu (pour plus de précisions, vous pouvez vous diriger ici – non-anglophones s’abstenir).

“Fort” de cette expérience, c’est aussi habilement que soudainement qu’il nous plonge dans le pyjama du héros ; dans la manière dont on évolue au sein du jeu, on a l’impression de partager cette sensation de ne rien reconnaître au sein de cette grande maison dont on ignore tout, de découvrir pour la première fois chaque pièce, tout en ayant cette sensation tenace d’y être déjà passé. Sensation qui ne nous lâche pas et qui se confirme, prend de l’ampleur à chaque réveil, en voyant ces pièces transformées, paraissant en pleine décrépitude.

Il n’y a pas à dire, chacune des pièces possède sa propre qualité, son atmosphère, et n’ont pour seul point commun que le malaise dans lequel elle vous plonge (j’ai, pour ma part, toujours autant de mal avec ces foutues poupées). À ce détournement de ce qui aurait dû nous paraître familier, s’ajoute la figure de Gabriel Smith : un personnage à la fois jeune fille ou femme qui pousse à la confusion : est-ce votre femme ? Votre sœur ? Votre fille ? En brouillant ces repères et en la représentant tour à tour comme une figure hostile ou bienveillante, tout en ne montrant pas d’emblée le rôle que tient cette femme, NeN nous plonge dans une confusion qui pousse à l’immersion dans au sein du “cauchemar” du héros, au travers de ses interrogations qui deviennent vite les nôtres. Quitte à ce que celles-ci soient parfois trop nombreuse pour ne pas finir par se dire “bon, j’avance et on verra bien après”…

Pardon, je passe à l’improviste. Jolie déco, cela dit.

L’asthme : votre pire cauchemar

Mais faut-il encore y arriver, à avancer. Pourquoi ? Parce que votre héros est lent. Extrêmement lent. “Il n’y a qu’à le faire courir” , me direz-vous. Pensez bien que ce fut ma première idée, mais je fus vite stoppé, bon gré mal gré, par le bruit de chaudière que fait le héros au début de chaque sprint. En effet, il suffit d’avancer un instant au “pas de course” pour que le personnage adopte la même respiration que celle d’un asthmatique suite à l’ascension de la tour Eiffel sur les mains juste après s’être grillé trois paquets de clopes. Ce qui s’avère plutôt pesant, à la longue.

Autant, aux premiers ahanements, cela renforce les sensations d’oppressement et d’étouffement que procure avec brio l’atmosphère du jeu mais, par la suite, on en vient juste à être excédé par ce bruit qui en viendrait presque à couvrir tout le reste. Pour éviter cela, on a donc tendance à ne plus courir du tout. À noter que ce peut être aussi bien un point positif que négatif, vous obligeant à ne pas rusher le niveau et ne courir qu’en cas d’extrême nécessite (bref, vous laisser prendre au jeu) ou bien ne vous laissant d’autre choix que de vous arracher les cheveux en attendant d’avoir traversé un couloir. Dans un cas comme dans l’autre, il faut bien le dire, la lenteur est cauchemardesque. Et ça plaît ou non.

Les escaliers : vraiment votre pire cauchemar.

Un tableau d’horreur finement dessiné… Mais à ne pas trop faire bouger

Concernant la direction artistique du jeu, c’est bien le point sur lequel il n’y a vraiment pas à argumenter. Clairement, celle-ci est menée d’une main de maître. À la fois simple mais parvenant à distiller quantité de détails qui captent l’œil un instant pour ne plus le lâcher, le design de NeN est véritablement son point fort. D’autre part, au fur et à mesure que vous enchaîner les réveils (un à chaque fin de séquence), l’environnement reste similaire (jusqu’à un certain point du jeu), mais de nouvelles pièces viennent se greffer aux autres, et les anciennes tombent toujours plus en ruines, se parant d’un sombre voile macabre. Les cinématiques vous glissent le long de l’échine comme le ferait un glaçon, l’hémoglobine qui s’y trouve en quantité ne l’est pas pour autant en excès. Comme un bon steak : saignant, mais pas inutilement dégoulinant.

Mais, tant que nous en sommes à traiter du visuel, autant ne pas parler que de ce qui est immobile (ce serait le comble pour un jeu). Et, de ce côté-ci, NeN Se laisse un peu aller. Volontaire ou non, les saccadements et le mouvement de balancier qui marque chaque élément en mouvement finissent par apparaître réellement pesant. Fondamentalement, on se demande parfois si on est en train d’avancer tant notre tronc passe son temps à aller d’avant en arrière. Pour ce qui est de l’animation donc, il est difficile de se laisser prendre à ce va-et-vient étrange et déconcertant. Que ce soit quand vous sortez de votre lit, ou bien qu’une énorme goule vous poursuit.

La goule géante : assez flippante au premier abord puis franchement pas convaincante.

Pour en finir

Neverending Nightmare est de ces jeux extrêmement difficiles à noter. Tout simplement parce que ce que vous ressentirez comme étant un insupportable défaut pourra très bien être le principal argument du jeu pour un autre joueur. Il est tout aussi possible de se sentir avoir pris place dans un train pour l’enfer conduit par Satan en personne, que de se tenir à ses côtés, partageant avec lui le joint de l’ennui en attendant le 28e péage de la terreur.

Ceci étant, ce qu’on peut reprocher à NeN sera sa courte durée de vie (tout juste deux heures) et sa redondance. Bien que celle-ci soit masquée par une évolution de l’environnement, on a littéralement l’impression de faire toujours la même chose et ce, avec une lenteur parfois trop pesante. D’autre part, on a souvent du mal à faire la part entre le jeu et la simple déambulation (ce à quoi le jeu ne prétendait pas aspirer à la base). Enfin, le prix de 14.99€ est un peu excessif pour le peu de temps que vous prendra ce jeu, à la rejouabilité vraiment faible (il y a trois “fins”, mais celles-ci se découvrent assez naturellement).

En revanche, NeN marque ici un tournant significatif par rapport aux directions artistiques auxquelles on est habitués. L’atmosphère dans laquelle il plonge d’emblée le joueur avec quelques coups de mines est remarquable, et suffira à vous retenir, pour peu que vous ne soyez pas trop tatillons ou réfractaire à toute forme d’introspection. En bref, Neverending Nightmare vaut le détour, quitte à prendre le risque de ne pas y revenir. Vous ne le saurez qu’après y avoir joué. Enfin attendez tout de même qu’il soit un peu moins cher !

Review

ProsCons
- La direction artistique
- l’ambiance
- Gabby
- Quelques bons sursauts
- Le côté « personnel » qui vous touchera…
- … Ou vous laissera de marbre
- Franchement cher
- Court
- Les animations vraiment trop rigides
Rating
67%

Neverending Nightmare Trailer

Articles associés

Greenlit : la fournée du 16 octobre 2013
Article prcedent jeu ind
Article suivant jeu ind
  1. slip
    14 novembre 2014, 0 h 39 min

    Oh my glob, oh my glob……. angoissant.

    VA:F [1.9.22_1171]
    Rating: 0 (from 0 votes)
    Répondre

Laisser un commentaire